Essais

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Les livres prennent soin de nous
Les livres prennent soin de nous

Actes Sud


Date de parution : 2015
176 pages

16 €
Présentation Presse

Les Livres prennent soin de nous. Pour une bibliothérapie créative (Actes Sud, 2015)

Aussi loin que l’on remonte dans l’Histoire, on trouve l’intuition d’une vertu thérapeutique du livre et du récit. Les livres soignent. Ils ont le pouvoir de nous apaiser par l’ordre de leur syntaxe, le rythme et la musicalité de leurs phrases, le toucher sensuel de leur papier…

 Les récits et les romans ont ce pouvoir étonnant, dans le mouvement de la lecture, d’arracher à soi-même et à sa douleur, en proposant des fictions enveloppantes et du sens toujours renouvelé.


Dans la détresse physique ou psychique, dans le handicap ou la grande vieillesse, le livre permet d’élaborer ou de restaurer un espace à soi. Contre la passivité et la perte d’autonomie, la lecture est la reconquête d’une position de sujet. C’est ainsi que la bibliothérapie a pour effet d’élargir nos existences étriquées et toutes tracées, et de les relancer vers des horizons insoupçonnés.

Tandis que fleurissent les plates recettes du « bonheurisme », Régine Detambel, écrivain et kinésithérapeute de formation, s’est donné pour tâche de montrer que la littérature comme remède doit se défier tout autant du pouvoir médical que des lieux communs du bien-être de masse.

Elle propose en visioconférence par Skype une formation en bibliothérapie créative.
 Le présent ouvrage recense quelques-unes de ses sources théoriques et les grandes lignes de sa pratique.


L'auteur
Régine Detambel est écrivain et formatrice en bibliothérapie créative. Elle considère cette discipline comme une voie intermédiaire entre la bibliothérapie médicalisée d'origine anglo-saxonne, qui ignore largement l'art littéraire, et les tenants du sacré, de l'art pour l'art, protestant contre un usage utilitaire des livres dans le quotidien. Mais si nous sommes en vie, toujours désirant et en renouvellement permanent, c'est que la littérature entretient en nous, enchevêtrées, la connaissance la plus éthérée et les émotions vitales les plus terre-à-terre… dans le même volume ! 

Se renseigner sur la formation en bibliothérapie créative : regine.detambel@orange.fr

Voir les vidéos sur la bibliothérapie créative : cliquez ici
 

Extrait

“Ce n’est pas facile de dire à un tiers ce que l’on a vécu, et qui fait qu’on ne va pas bien. A qui en parler ?

À un proche ? C’est prendre le risque d’être renvoyé au silence ou de l’entraîner dans son propre malheur.

À un psychologue ou à un psychiatre ? Mais le patient refuse souvent ce recours. Il reste les livres et le bibliothérapeute à qui parler de sa douleur.

J’ai peur du regard de l’autre, que puis-je lire ? On vient de m’enlever un sein, que dois-je lire ? J’ai peur de vieillir, quoi lire ? Magnifique réflexe car le bibliothérapeute est un documentaliste spécialisé dans la quête du plus humain en nous, et se doit de donner à un problème, par l’intermédiaire du choix d’un grand livre, les réponses les plus riches humainement. (…)

Car il faut qu’un livre soit plurivoque, un épais feuilletage de sens et non une formule plate, conseil de vie ou de bon sens, pour avoir le pouvoir de nous maintenir la tête hors de l’eau et nous permettre de nous recréer. Le bonheur de la répétition, l’hypnose revigorante de la rime, la mémorisation délectable, l’émerveillement
devant le texte intraitable sont à mes yeux les vrais principes actifs de la bibliothérapie…”

Voir la table des matières

Lire un extrait


La formation à la bibliothérapie créative selon Régine Detambel

 
    Quand j’étais en classe de sixième, dans les années soixante-dix, j’ai pris bien des fois le chemin de l’infirmerie pour des symptômes auxquels aujourd'hui on donne le nom de spasmophilie. Une jeune femme appliquait sur moi des rudiments de relaxation, me répétant, d’une douce voix de mélopée : « Tout ton corps est lourd, tout ton corps est chaud, laisse venir le calme, respire, ça va aller… ». Si le contenu du propos fut tout à fait inefficace, la douce voix, elle, le rythme de ses mots, leur prosodie, m’a tenu la tête hors de l’eau, hors de l’angoisse, hors du désespoir.

    Quarante ans plus tard, j’ai reçu dans mes stages de formation à la bibliothérapie créative une infirmière de collège, soucieuse d’apporter à ses petits patients angoissés un accueil adapté et efficace. Mots appliqués sur la blessure comme une musique apaise. Lire peut alors produire en nous un « adoucissement, pour peu que nous sachions choisir notre secours (prose lyrique ou mieux, poème) » écrit Camille Laurens. On découvre alors combien la langue est maternelle, et comme elle berce, enveloppe, rassure, caresse. Elle agit sur les sens comme la voix de la mère sur l’enfant nouveau-né, de manière sensible et sensuelle, elle est pansement. Le rythme de la langue maternelle serait alors l’enveloppe, le sparadrap. 


    Adaptation contemporaine de cette pratique de la poéticothérapie quand une infirmière de collège lit Desnos ou encore des haïkus, tranquillement sans aucun souci de pédagogie juste pour supporter dans la chaleur de sa voix une adolescente spasmophile toute tremblante.

    Si loin que l’on remonte dans l’Histoire, on trouve l’intuition de la vertu thérapeutique du livre et du récit. Les livres soignent. Ils ont le pouvoir de nous apaiser par l’ordre de leur syntaxe, le rythme et la musicalité de leurs phrases, le toucher sensuel de leur papier…

 Les récits ont ce pouvoir étonnant, dans les mouvements de la lecture ou de l’écriture, d’arracher à soi-même et à sa douleur, en proposant des fictions enveloppantes et du sens toujours renouvelé.
 Mais comment la littérature agit-elle pour nous apaiser ? Pourquoi tant de poètes tiennent-ils pour évident que la poésie est une « ambulance qui fonce dans la nuit pour sauver quelqu'un » ?

   En fait, les bons livres nomment purement et simplement les choses qui nous arrivent, et qui nous affectent d’autant plus que nous ne les comprenons pas vraiment, suppose l’écrivain Pierre Bergounioux. Mais la lecture ranime aussi une fonction que la souffrance avait annihilée : celle qui, par le biais de la syntaxe, amène à « refaire des liens avec un monde fracassé et absurde, à lui redonner sens ». La langue peut alors montrer sa face paternelle. Elle explique, commente, relie : elle agit sur le sens, de manière logique, elle est pensée. La syntaxe, l’ordre du récit, réorganisent l’expérience humaine.
 Au chaos de la vie se substitue l’ordre du récit.


   C’est ainsi que le livre, unissant le pansement et la pensée constructive, est un haut lieu d’hospitalité, un abri à emporter avec soi, dans l’écho lointain des voix qui nous ont bercés, du corps qui nous a contenus…


Presse

La Grande Librairie (France 5, 16 avril 2015), visionner ici
Le Grand Journal de Canal+, 9 avril 2015, voir la présentation d'Augustin Trapenard
TF1, voir le journal télévisé
 du 4 avril 2015.
Livres Hebdo, 
19 mars 2015.
Lire
, avril 2015.
France Inter, L'Heure des rêveurs, 17 avril 2015, écouter ici
Le Nouvel Observateur, entretien avec Anne-Sophie Hojlo, avril 2015.
Le Pèlerin, entretien avec Muriel Fauriat, avril 2015.
L'Express, "Le soin de soi", par Estelle Saget, 8 avril 2015.
Micmag.net, "Les récits ont ce pouvoir étonnant"avril 2015.
Salon Littéraire, "Quand les mots guérissent nos maux", avril 2015.
Le Monde des Livres, le feuilleton d'Eric Chevillard, 24 avril 2015.
L'Express, 29 avril 2015.
L'Orient littéraire, numéro 107, mai 2015.
La Bibliothèque Médicis, LCP, 3 juillet 2015.
Télérama, juin 2015. 
Sciences Humaines, n° 273, juillet-août 2016, Les pouvoirs de l'imaginaire. La littérature aide-t-elle à vivre ? par Héloïse Lhérété.

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The Fine Books Blog
Bibliotherapy - The Healing Power of Books

BY BARBARA BASBANES RICHTER

Talk therapy is nothing new, but how about bibliotherapy? I’m not talking about self-help publications, but rather using literature as a means to physical and psychological salvation. And really, who else but the French, the beneficiaries of a literary patrimony that dates from the 9th century, would be at the vanguard of such a movement. 

Régine Detambel, award-winning author of more than thirty books and a Chevalier of Arts and Letters, is also a licensed physiotherapist, and maintains that bibliotherapy, in some form or another, dates back to antiquity. Many of her books (La Splendeur, Opéra sérieux, Son corps extrême,) explore the aging process and how to live (and die) with grace. As a writer and as a physiotherapist, she is a healer with her hands, and Detambel believes that literature can be found everywhere - in the air we breathe, in our bodies, and in the various liminal moments of our lives (birth, marriage, death). “Everything is literature if we know where to look,” Detambel graciously wrote to me, explaining bibliotherapy in detail: “I didn’t create bibliotherapy. It existed in ancient Greece and Rome, and was revived after World War I to heal soldiers who had experienced psychological trauma at the front.” Poetry and literature became part of her “creative bibliotherapy” (bibliocréativité as Detambel coined it), and has found immense success and personal satisfaction through her efforts. “I think that working with the energy of an author, with poetry and metaphor, with stylistic and textual arrangements and so forth is extremely effective to revitalize the psyche,” Detambel continued. “We are all beings of language, and so it is necessary to move and to shift the language that resides within us so that our efforts are rewarded positively.” 

Detambel has played with the idea of bibliotherapy for as long as she has put pen to paper, but it was after writing a short story about skin (Petit éloge de la peau, Folio, Gallimard, 2006) that she recognized an analogy between skin and paper. “Books are caresses, in the strongest sense of the term!” she wrote. Hosting daylong seminars from her hometown nestled in the southern region of Languedoc-Roussillon, Detambel teaches aspiring bibliotherapists -- nurses, doctors, psychologists, booksellers and librarians -- how books can help people better understand themselves and to reconnect with the world. “There’s more to bibliotherapy than just handing a book to someone and leaving them alone. There’s a certain rapport between the text and the body that must be considered too. Even before one’s eyes settle on the text, we must consider body posture, breathing, voice, and other physical considerations. I teach my trainees how to renew the dialogue between words and the body.”

Some of Detambel’s most rewarding work happens at retirement facilities, where she meets people whose psyches are often “abandoned, because culture is so rarely allowed to pass through the doors of establishments set up for the elderly,” she explained. “I don’t want these people to be left without words that could help them reestablish contact with their internal world. These people live in a sterile, naked, even cruel world. And unfortunately, they’re not alone.” Books themselves aren’t the cure, but they can be part of a curative program where literature nourishes the body, mind, and soul. 

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Canal+, Le Grand Journal, 9 avril 2015, voir la présentation d'Augustin Trapenard ici

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La Grande Librairie, France 5, 16 avril 2015.
Une émission en direct, à partir de 20h35, aux côtés de François Busnel, Daniel Pennac…
A revoir ici

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TF1, journal télévisé du 4 avril 2015, un reportage de Cathelyne Hemery
A revoir ici

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Lire
, avril 2015.

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Le Nouvel Observateur, entretien avec Anne-Sophie Hojlo, avril 2015.

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Le Monde des Livres, le feuilleton d'Eric Chevillard, 24 avril 2015.

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L'Express, 29 avril 2015, un article de François Busnel.

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Le
Pèlerinavril 2015, entretien avec Muriel Fauriat.

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France Inter, L'Heure des rêveurs, une émission de Zoé Varier, 17 avril 2015, 20 h.

A réécouter ici

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Livres Hebdo, entretien avec Véronique Rossignol, 19 mars 2015.

"Sans le revendiquer formellement, le corps médical utilise le livre comme support thérapeutique mais aussi comme outil pour mieux comprendre et communiquer avec le patient. La romancière Régine Detambel célèbre ce pouvoir dans Les livres prennent soin de nous, et explique le travail qu’elle mène dans son atelier de bibliothérapie de Montpellier…"

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Salon Littéraire, un article de Dan Burcea, avril 2015.

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Marianne
, "Lire pour aller mieux",
 
par Alexandre Gefen & Laurent Nunez19 février 2015.

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MICMAG.NET, Régine Detambel : « Nous avons besoin du récit pour vivre » Entretien avec MARIE TORRES, 3 juin 2014.

Auteur de plusieurs romans et d’un essai sur la vieillesse, Régine Detambel, née en 1963, est aussi kinésithérapeute de formation et bibliothérapeute, une thérapie qui vise à soigner par la lecture… Rencontre et explications.

Micmag.net : Vous êtes romancière, kinésithérapeute mais aussi bibliothérapeute. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette thérapie ?

Régine Detambel : Peu de gens savent que les livres soignent. Pourtant, ils ont le pouvoir de nous soigner par le sens de leur histoire, la mélodie et la musicalité de leurs mots, le toucher sensuel du papier… Depuis toujours, les récits ont ce pouvoir étonnant, dans les mouvements de la lecture ou de l’écriture, d’arracher à soi-même et à sa douleur, en proposant des fictions enveloppantes et du sens toujours renouvelé.

M : Comment expliquez-vous ce processus ?

R.D. : Nous avons besoin du récit pour vivre, nous avons besoin d’une « régurgitation linguistique de notre expérience » comme le dit Pascal Quignard. La nécessité du récit est la spécificité de l’humain. Tout ce qui est humain circule en nous et se transmet par des histoires, des mythes et des légendes qui, avec les contes, participent de cette tradition orale où se dit le secret de la naissance et de la mort en une parole que seul l’inconscient peut entendre.

M : L’histoire doit être « belle » pour faire du bien ?

R.D. : Non, pas nécessairement car le « beau » est culturel, dépend des modes ! En revanche il faut une œuvre de fiction magistrale, bourrée de rythmiques revigorantes, d’une multiplicité de sens feuilletés et de métaphores caressantes. Les grands livres sont de puissantes panacées.

M : Comment pratiquez-vous ? 

R.D. : Pendant cinq années, j'ai initié de nombreux bibliothécaires à la bibliothérapie, mais je souhaite maintenant former individuellement des personnes très motivées qui pourront alors ouvrir leur atelier de bibliothérapie dans leur établissement, ou bien transmettre cette pratique à d’autres. Aujourd’hui je ne m’adresse plus seulement à des bibliothécaires, mais j’ouvre ma formation aux animateurs, psychologues, professions liées au soin, enseignants, libraires, lecteurs convaincus...
 La formation consiste en une journée de travail. La matinée est consacrée à la théorie, et l’après-midi à la pratique.

M : Délivrez-vous des « ordonnances  » ?

R.D. : A l’inverse des bibliothérapeutes anglo-saxons, je me méfie un peu des textes prescrits. J’aime que les patients-lecteurs cherchent eux-mêmes les ouvrages qui leur parleront profondément, mais je peux les mettre sur la piste en lisant des extraits par exemple.

M : Quels sont les motifs de consultation les plus courants ? 

R.D. : Le manque de sens dans la vie est un des signes d’appel récurrents. Mais tout est du ressort des livres, du chagrin d’amour au sentiment de perte d’estime de soi. Je donne souvent l’exemple de Philippe Forest ou de Camille Laurens, sauvés par la littérature après la perte de leur enfant.

M : Que pensez-vous des ouvrages de « Développement personnel » ? Peuvent-ils être « prescrits » en accompagnement d’un bon roman ?

R.D. : Je n’aime pas du tout ce type d’ouvrages qui ne parle pas à l’inconscient et assène des conseils d’hygiène de vie, sans aucune figure de style ni aucun souci esthétique. Or ce sont précisément les figures de style qui parlent à l’inconscient, surtout la métaphore, évidemment !

M : Mais pour vous la littérature ne guérit pas seulement  « l’âme » : dans plusieurs de vos ouvrages vous évoquez la guérison des corps – Corps extrême, Opéra sérieux -, la vieillesse aussi  avec Syndrome de Diogène, éloge des vieillesses

R.D. : Vous savez, le corps et l’esprit ne sont qu’une seule et même entité. Les livres parlent au corps aussi ! On dit que la lecture à haute voix fait autant de bien qu’une promenade en forêt.

M : On peut dire que la bibliothérapie est à consommer sans modération notamment en temps de crise où le moral est souvent en berne : elle aide à se sentir mieux, elle évite la prise de médicaments et, donc, contribue à réduire le déficit de la sécurité sociale… en contrepartie elle augmente notre propre budget « culture » ce qui rejoint tout à fait le raisonnement de Victor Hugo « En temps de crise, il faut doubler le budget de la Culture  » ! 

R.D. : Oui, oui, c’est une conséquence des crises. Après les attentats du 11-Septembre, la vente de fictions a décuplé aux Etats-Unis ! Les gens se cherchent, cherchent un sens dans les bons livres !

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