Fictions

Fictions

Imprimer la fiche
Noces de chêne
Régine Detambel
Noces de chêne
Gallimard / « Blanche »

Date de parution : 2008
ISBN : 9782070122523
Format : 14,0 x 20,5 cm
128 pages

11,90 €
Lire un extrait
Dit par l'auteur
Présentation Presse Nota Bene

L'avis de l'éditeur
Cette pastorale moderne est en réalité une méditation sur l’amour sénescent, y compris l’amour physique : sujet dérangeant et mal connu, mais traité ici avec une grande délicatesse, en un texte court, dense et poétique à la fois. Un texte de moraliste des surfaces, pourrait-on dire, tant Régine Detambel est douée pour parler de la peau, de la nature, du visible et des racines plongées dans l’invisible.
Alarmé par la disparition de Maria, une résidente octogénaire de la maison de retraite où il vit également, Taine, son vieil amant anxieux, décide de se sauver pour partir à sa recherche. Il croit savoir où elle se trouve : quelque part dans sa maison du Ventoux, dans sa maison de toujours, sur la montagne. Commence alors un véritable road-movie puis une ascension, dans ce cadre naturel propice à l’inspiration et à la connaissance de soi, déjà fêté pour ces vertus par Pétrarque et Jean-Henri Fabre. 
S’il ne retrouve assurément pas la vieille femme, morte depuis plusieurs jours déjà dans un recoin invisible de la maison de retraite, le vieillard découvrira les secrets et les replis du monde et de lui-même. Recueilli par Vitalie, la rebouteuse, avec laquelle il vivra une nouvelle histoire d’amour, il fera ample provision de vraie vie dans l’espoir de se préparer à retrouver sa Maria. 
Depuis Pétrarque, le Ventoux n’a rien perdu de sa dimension de lieu sacré. Des rencontres marquantes sur ses flancs, avec un berger, des touristes, une herboriste, des cyclistes, ainsi que des découvertes multiples (la nature, l’amour, la foi, le questionnement incessant du monde…) marqueront à jamais ces quelques jours d’échappée belle, formant à jamais dans l’existence finissante de l’aventurier clandestin et octogénaire une poche lumineuse d’extraordinaire. 

Un point de départ dans le réel
Ce livre est né d'une offuscation. Je n'avais pas l'intention de consacrer encore un ouvrage au thème des vieillesses, jusqu'à ce qu'un événement horrible se produise dans une maison de retraite à deux pas de chez moi. Une résidente avait disparu. Un beau jour, on ne la trouva plus dans sa chambre, et comme elle avait la maladie d'Alzheimer, le personnel en déduisit qu'elle avait fugué, que sa manie ambulatoire l'avait entraînée dans les bois, dans les vignes, loin d'ici. On a envoyé des patrouilles et des chiens dans la campagne. Quelques jours plus tard, un entrefilet dans le journal local indiquait que la vieille femme n'avait pas du tout quitté l'établissement mais qu'on l'avait retrouvée, trop tard, beaucoup trop tard évidemment, sous un escalier, où elle était tombée, dans un recoin de la maison de retraite.
Ce qui est inacceptable, à mes yeux, c'est la déduction erronée d'un personnel soignant dont la logique est malade et qui a ainsi raisonné faussement : puisque la résidente est malade d'Alzheimer, elle est donc fugueuse.
La vieille femme est morte. Elle était là. Elle était à deux pas. Et personne n'a voulu la voir. Cette histoire a résonné pour moi comme la Lettre volée de Poe.




Catherine Halpern, Sciences Humaines,"Le sexe dans tous ses états", n° 10, novembre-décembre 2009.
Le sexe au grand âge
« Jamais ils n’osèrent reparler de l’œil courroucé de la jeune femme en blouse sur leur désir insensé et dégradant. Comble de perversité, elle leur avait conseillé de mettre un terme à cette liaison, ajoutant finement “sans lendemain”, puisque l’amour octogénaire n’est qu’un parasite mensonger. L’écraser sans regret pour éviter l’enlisement dans une passion sans issue, à l’évidence mortelle à court terme. Pourquoi gâcher une si belle fin de vie par des débordements, quand ils feraient mieux de cultiver la sérénité, chacun de son côté ? Quel plaisir peut-on trouver à une telle peau, à jouer à la bête à deux dos avec une vieille à deux dents ? Et que diraient leurs familles, si elles les voyaient ainsi se conduire en vieux cochons ? » Régine Detambel dans Noces de chêne (Gallimard, 2008) prend le détour de la fiction pour conter l’amour et l’étreinte en maison de retraite. Mais le rejet qu’elle dépeint n’est en rien une exception. Amandine Thibaud et Caroline Hanicotte, deux psychologues cliniciennes, se sont ainsi intéressées à la représentation qu’ont les soignants de la sexualité des sujets vieillissants. Elles ont pour cela mené des entretiens auprès de douze soignants : six en maison de retraite et six en service hospitalier. La conclusion est sans appel : « Il leur est généralement difficile de penser ou d’imaginer que des manifestations sexuelles puissent se réaliser à un âge avancé. L’importance de la sexualité, à ce titre, est minimisée voire niée. Les réactions des soignants traduisent unanimement la surprise, l’étonnement, la gêne ou le malaise. Dans un quart des entretiens, les soignants expliquent que confrontés à une expression de la sexualité, ils se sentent obligés d’intervenir pour arrêter le comportement voire, pour certains, de prévenir la famille du patient. » Comportement discriminatoire lié à l’âge ? Sans doute, même s’il y a aujourd’hui davantage de sensibilisation qu’autrefois à la question de la sexualité chez les personnes vieillissantes.



Christine Ferniot, Lire, octobre 2008.
L'amour sans âge
Sur la route du Ventoux, un octogénaire part à la recherche de sa bien-aimée. Un hymne à la vie.
L'année dernière, elle évoquait l'adolescence dans Notre-Dame des Sept Douleurs. Aujourd'hui, c'est sur la vieillesse que Régine Detambel se penche, cet autre moment charnière de l'existence, où l'on n'a plus rien à perdre avant de s'abandonner à la mort. Justement, Maria Seignalet vient de tomber dans l'escalier de secours, un endroit de la maison de retraite où personne ne vient jamais. Après avoir appelé à l'aide, elle va doucement mourir "dans la sobriété d'une agonie sereine". Au-dessus, son ami l'attend, imagine une fugue. Taine a quatre-vingts ans, de l'amour à donner, de la passion à revendre. Ce "mendiant du désir" a tout concentré sur Maria, tout offert à la petite femme maigre comme un fagot. Après avoir tourné dans sa chambre aseptisée, entre la télévision et le repas du soir, il décide de partir à son tour, convaincu qu'elle s'est rendue dans sa maison d'autrefois, du côté du mont Ventoux. Taine n'emporte rien, passe par le trou de la haie, tel un collégien en fuite pour une ultime échappée belle. Mais quelle différence y a-t-il entre ces deux âges de la vie? semble murmurer la narratrice. Si la vieillesse est un tangage, la douleur de l'absence est toujours la même, vive et piquante.
Kinésithérapeute, Régine Detambel connaît bien la fragilité des corps. En 2007, elle a écrit un magnifique Petit éloge de la peau et poursuit sans discontinuer ses voyages épidermiques de livre en livre. Elle trouve les mots justes et troublants pour exprimer la fatigue qui use les visages et ralentit les gestes. Mais toutes ses descriptions ont une incroyable sensualité, mêlant la nature resplendissante de la fin d'été et l'horloge interne de ce vieil homme rattrapé par les années. Elle décrit cette terrible bataille entre le corps et l'esprit, entre la paresse des gestes et le désir toujours vert. Son livre n'est pas sage, il ne prétend jamais expliquer le temps et ses décombres ni le justifier. Il dit que les hommes et les femmes sont vivants jusqu'à la dernière seconde, qu'ils ne se font jamais à l'idée que tout va s'arrêter. Et si certains apprennent peu à peu l'économie et la contemplation, d'autres continuent d'avancer sur la route du Ventoux, à la recherche d'un amour qui les attendra toujours.



Louise L. Lambrichs, La Croix, décembre 2008.
Noces de chêne
Avec une belle constance Régine Detambel poursuit son œuvre, explorant pli après pli les envers de la vie, celle qu’on n’imagine pas. Est-il si paradoxal de parler ainsi d’une romancière ? C’est qu’il en faut, de l’imagination, pour faire percevoir ce qu’on refuse de concevoir et qui choque la fiction ordinaire. Et plus que de l’imagination, il faut une langue sensible, poétique, en prise avec le monde et la peau passagère qui s’y frotte, menacée toujours de revenir à l’humus d’où naissent et meurent toutes choses.
Poursuivant sa quête d’un monde humain aux prises avec le végétal toujours renaissant, à la fois miracle éphémère et pourriture, ce roman-ci prend l’état de vieillesse à revers des préjugés ordinaires. Taine vieillard aux yeux de la société est intérieurement un jeune fou d’amour pour Maria, plus mort que vif de ne plus la trouver dans la maison de retraite, et qui part à sa recherche. Sûr de la trouver dans sa maison sise au pied du Ventoux, il fugue, manque mourir dans l’aventure, ressuscite sauvé par une autre rencontre, Vitalie, qui ne tue pas son rêve, Maria, même s’il est déjà mort à son insu. La vie jusqu’au bout, forte de ses odeurs, de ses sensations, de ses désirs, c’est cela que met en scène ce beau roman. Et son envers, le monde qui tous les jours vous enterre avant l’heure, la maison de retraite, les sales mots qui désavouent les vieux, les font chuter, les tuent.



Et toujours des blogs enthousiastes…
Le Gretit Bulletin de la Nawakulture
"Maria a disparu de la maison de retraite, l' "indeuillable" Taine ne peut vivre sans elle, son immense, son irrépressible amour le pousse à partir à sa recherche dans le Ventoux où se trouvait sa maison, coûte que coûte, "le désir qu'il a de Maria dessine un long voyage"... Il ne sait pas que Maria est déjà morte dans un coin peu fréquenté du bâtiment. "Et personne à la maison de retraite ne se sentit frappé d'un éclair [...] à la seconde précise de sa transformation tumultueuse en cadavre."

La balance bien réglée entre décortications anatomiques et vérités de l'âge crues ("Personne ici n'était capable de lire et de marcher tout à la fois, c'était l'un ou l'autre...") et un style pourtant poétique à l'extrême dans la description des sentiments, de la Nature, impuissante compagne de Taine lors son échappée, font de ces Noces de chêne un roman à la fois troublant et touchant car même si "un amoureux fou est le seul homme qui ne peut pas mourir", "Même la mort, si on la cherche, essaie de hausser son prix" et l'odyssée du vieil homme sera semée d'innombrables embûches. L'évocation de la vieillesse dans ce qu'elle a de plus noble et de plus beau déstabilise forcément car le sujet des amours des personnes (très) âgées, déjà particulièrement peu abordé, se trouve ici écrit avec respect mais vérité, tant et si bien que de nouvelles fenêtres de pensée semblent s'ouvrir à cette lecture. Et rien que pour cela, ce fait de rayer un tabou, un oubli ou un silence gêné sur le sujet mérite que l'on s'en approche de plus près encore avec cette fiction, documentaire sous bien des aspects.

En y réfléchissant autrement, ces Noces de chêne ne seraient-elles pas également, en quelque sorte, la dernière célébration du mariage avec la vie ?"





Régine Detambel a été la marraine nationale de la Semaine Bleue 2008 et se consacre depuis à une sensibilisation des publics, notamment en bibliothèques, sous forme de conférences-débats autour de cette polémique et vaste question de la vieillesse.