Fictions

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Pandémonium
Régine Detambel
Pandémonium
Gallimard / « Blanche »

Date de parution : 2006
ISBN : 2070775992
Format : 14,0 x 20,5 cm
208 pages

16,90 €
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Présentation Presse

L'avis de l'éditeur
Joachim Wagner a été condamné, en 1945, avec ses frères et leurs épouses, pour extorsion de fonds et voies de fait sur les pensionnaires de la Gloriette, la maison de retraite qu'il dirigeait. Par la suite, il a lâchement laissé emprisonner sa petite-fille Marie pour le meurtre de son mari, qu'elle n'avait pas commis. Depuis, les épisodes mystérieux se succèdent dans la grande bâtisse rebaptisée Pandémonium, du nom de la capitale des Enfers. Des années plus tard, reclus dans leur place forte, les Wagner défendent jalousement leurs secrets et élèvent Nicolas, le fils de Marie, dans l'ignorance de leurs méfaits...
Les mystères du lieu se dévoilent peu à peu, au fil d'un récit à l'humour grinçant. Le style très singulier de Régine Detambel contribue à la mise en place d'un climat à la fois charnel et inquiétant.


Xavier Houssin, Le Monde, avril 2006
Les démons familiers de Régine Detambel
Ses obsessions, ses craintes, ses souvenirs, son humour grinçant, sa force d’écriture se rassemblent dans son dernier roman. Avec Pandémonium, Régine Detambel a écrit le texte charnière d’une œuvre déjà impressionnante.
Elle a changé, Régine Detambel. "Vous trouvez ?" Oh, c’est imperceptible. Trois fois rien. Une manière de sourire un peu plus largement. D’un peu moins s’effacer. Elle a fait faire des travaux dans sa maison de Juvignac à un quart d’heure de voiture du centre de Montpellier. Abattu des cloisons. Agrandi son bureau. Tout est blanc. Le sol et les murs. Les livres sont rangés par ordre alphabétique. Aucune place pour le désordre. Les documents enfermés dans des chemises à sangle. Les classeurs alignés. Ici, pas de souvenirs, de reliques anciennes, de bibelots, de bricoles. "Je déteste mon enfance, dit-elle simplement comme une évidence. Je me débarrasse du lest. Je n’aime pas le passé. Pas de passif, pas de mémoire." Elle ne racontera pas ses premières années en Moselle, son adolescence meurtrie, l’exode de la famille, les deuils impossibles. "J’ai toujours réagi comme si j’étais abandonnée...". Violence et nerfs en pelote. Elle a tout bazardé. Ne reste que l’empreinte. La marque en creux, profonde. Mais c’est partant de là qu’elle a fait tous ses livres. Régine Detambel est un de ces auteurs sauvés par l’écriture. Un parcours de survie tracé ligne après ligne. Depuis l’âge de onze ans, elle noircit du papier. De petits romans, des nouvelles, un Bob Morane qu’elle réécrit entièrement avec des synonymes, des journaux, des poèmes échangés aux copines de lycée contre des cigarettes. Vocation d’écrivain. Depuis 1990, l’année où sortent simultanément chez Julliard L’Amputation et L’Orchestre et la Semeuse, elle a publié quinze romans, six "textes brefs", deux essais, deux recueils de poésie, plus une vingtaine de titres en littérature jeunesse et une foule d’articles dans les revues. "Ecrire est la seule chose qui me garde en vie, explique-t-elle. Sans cesse, je pense à ce que je rédigerai ensuite, au prochain bouquin. À l’avenir, en fait." Et elle va de l’avant, se servant des éclats de son passé haï, de sa biographie mise en pièces. Tout se retrouve épars. Tout est vrai à distance. Tout est réinventé. Refait. Repris. Recousu. Rebrodé. On file sans cesse de l’explicite à l’effleure. Son apprentissage d’auteur dans L’Écrivaillon, ses rages au collège dans La Quatrième orange, l’évocation d’un petit frère mort-né dans Le Vélin... Permanent paradoxe. Ce qu’elle rejette avec tant de détermination lui permet parler au mieux, au plus près, au plus vrai des battements d’enfance, des élans de l’adolescence, du trouble, du désir. Avec Detambel, on approche les émotions premières. Une sauvagerie tendre à l’image de cette nature que l’on trouve tapie dans le fouillis des jardins. Les plantes, les arbres, les bêtes, les bestioles, font presque à chaque fois le décor bruissant de ses textes. Ce sont des mues de lézards ou de couleuvres trouvées sur la terrasse, des chênes à l’écorce moussante des lessives qu’on a fait bouillir à leur pied. En 1997, Régine Detambel publiait Colette, comme une Flore, comme un Zoo, petit lexique en herbier et bestiaire des métaphores de l’auteur de La Treille muscate. Pont jeté littéraire avec ses séjours de répit chez ses grands-parents ? Peut-être. "Mais ce sont les livres que j’aime, insiste-t-elle. Avec eux, il se crée quelque chose de soi dont on n’a plus à souffrir." Chacun a ses étapes intimes et secrètes. Apprendre qui l’on est. C’est à croire qu’il arrive un moment où il devient possible de porter ses démons comme un fardeau léger. De démons, justement, il en est beaucoup question dans son dernier roman. Pandémonium est une fable cruelle sur les secrets de famille, les silences, les lâchetés. Jusqu’en 1945, Joachim Wagner, ses frères et leurs épouses ont dirigé La Gloriette, une maison de retraite du Midi où il ne faisait pas bon être pensionnaire. Extorsion de fonds et brutalités. Poursuivis en justice mais condamnés à pas grand chose, les Wagner se sont retranchés dans la propriété pour le reste de leur existence. Ils la rebaptisent "Pandémonium", du nom de la capitale des enfers. Pas de messes noires dans ce huis clos mais d’inquiétantes affaires, des grenouillages venimeux qui pèsent lourdement sur les quatre générations enfermées dans la maison. Un étrange accident. Un meurtre à l’arsenic. Ça grince, on ricane, on frémit, on espère. Nicolas, l’arrière-petit-fils de seize ans de Joachim, et Éva, la toute jeune garde-malade parviendront peut-être à rompre le cercle. Régine Detambel a rassemblé dans ce livre en charnière une incroyable puissance d’imagination et d’évocation. C’est un malaise doux qui fait l’échappée belle. Toute son œuvre s’y concentre. Ses obsessions, ses craintes, ses souvenirs balayés, sa force d’écrivain. Tout est lié, serré et étonnamment libre. Trois années pour l’écrire. La hâte n’est plus la même. Laisser filer le temps, est-ce que cela ne change rien ?



Alexandre Fillon, Lire, mai 2006
Vieillards aux Enfers
L'histoire grinçante de huit reclus volontaires.
Pour son entrée en littérature à l'aube des années 1990, Régine Detambel avait frappé un grand coup, faisant paraître pas moins de trois ouvrages en une même année. Pandémonium, sa dernière livraison, pourra surprendre par sa noirceur et son univers particulièrement grinçant. Voici contée l'histoire terrible de la famille Wagner, mais non point celle du compositeur allemand, plutôt celle qui débute avec Pierre Wagner (1880-1939). Une histoire, pleine de bruit et de fureur, où entrent en ligne de compte des procès, des accidents, des crimes et un zeste de folie.
Après guerre, le préfet de police avait ordonné la fermeture de La Gloriette, la juteuse maison de retraite de Vignac, dans l'Aude, tenue par les Wagner. Le juge déclara la famille coupable "d'hébergement de personnes vulnérables dans des conditions incompatibles avec l'hygiène et la dignité humaine". On enfonça le clou en parlant d'abus de biens sociaux, de falsification de chèques et de testaments... Les Wagner furent pourtant relaxés. Pris en grippe par la région entière, ils eurent recours à l'autarcie, à la "mise en agonie de toute vie sociale et de toute attache", rebaptisant Pandémonium, du nom de la capitale des Enfers, leur auguste demeure. A huit, ils s'y cloîtrèrent. A l'été 2004, les réprouvés, "désormais vieillards, résidaient encore à Pandémonium et se disaient heureux d'être restés là toute leur vie, malgré les lettres de menace, les injures barbouillées et des actes de vandalisme qui ne perdirent jamais de leur vigueur depuis le procès de 1945...". Régine Detambel nous invite à pénétrer l'univers pour le moins singulier de ces originaux claquemurés, au point d'être devenus "les vieillards sur lesquels ils avaient autrefois pour mission de veiller". Le voyageur, qui va de surprise en surprise, ne manquera pas d'être secoué, prisonnier d'un arbre généalogique peu commun.