Fictions

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La chambre d'écho
Régine Detambel
La chambre d'écho
Le Seuil / « Points » n° 1062

Date de parution : 2001
1ère éd. Collection « Cadre rouge »
ISBN : 9782020509114
Format : 14,0 x 20,5 cm
176 pages

13,60 €
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Dit par l'auteur
Présentation Presse

L'avis de l'éditeur
Natacha n'a connu que Ferenc. Il tombe très gravement malade, et, n'acceptant pas sa déchéance, choisit alors de s'isoler, de disparaître. Pour elle, une étrange torture commence : car la maladie de son homme n'a rien modifié au désir qu'elle a de lui. Mais Ferenc se cache, et il lui impose de vivre désormais leur amour à travers le téléphone, leur "chambre d'écho".
La passion charnelle, l'innocence et la cruauté sont une nouvelle fois au cœur de l'art diabolique de Régine Detambel, qui parvient ici à sa maturité.
"Elle lui manquait, l'ombre de son sexe sur les draps, le dimanche matin. Alors, entre deux coups de fil imprévisibles de Ferenc, Natacha prenait des amants. Dès la première nuit, quand elle s'éveilla, tout environnée des relents d'un homme inconnu, elle comprit qu'une femme subitement seule, même à vingt-huit ans, est en quelque sorte une adolescente qui doit découvrir son corps. Pour retraverser la nuit totale et la barrière épaisse qui protègent la connaissance que chacun possède de son désir et de son appétit sexuel, elle devra repasser par les mêmes affres que les fillettes. Pire encore, peut-être."

Du côté de l'auteur
La Chambre d'écho me portait depuis plus de dix ans. J'avais envie d'écrire une histoire d'amour virtuelle. J'ai toujours été fascinée par la voix, donc par les histoires d'amour au téléphone (j'en ai vécues d'extraordinaires). Au fond, le support technologique importe peu, le noyau est toujours le même : en l'absence de chair, c'est la voix, la webcam, la pellicule, le pixel ou l'écriture qui prennent en charge toute la sensualité, et le sexe. Moi, j'ai choisi l'écriture et la voix. La Chambre d'écho est un hymne à la voix (voix au téléphone, voix sur le divan, etc.), qui fait partie du corps, qui est même une version très impalpable et extraordinaire du corps. Je suis fascinée par le corps. Je n'ai cessé d'écrire sur le corps : dans Le Ventilateur, dans Blasons d'un corps enfantin, dans La Ligne âpre même, où je raconte la poétique de nos os. Quel mystère que la corporalité de la voix ! 


Ferenc et Natacha forment un très jeune couple. Lui est condamné par la maladie. Il quitte Natacha sans laisser d'adresse pour consacrer désormais son existence à son étrange et impitoyable maîtresse : la maladie. S'il ne veut plus revoir sa femme, il se réserve tout de même le droit quasi seigneurial de lui téléphoner quand il le désire, lui. Du coup, il la soumet, il la réduit en esclavage par la sonnerie du téléphone. Relation ombilicale. Il leur paraîtra peu à peu inconcevable de raccrocher le téléphone. Ils vivent ensemble, par combiné interposé. Ils s'émerveillent. Chaque nuit, ils se possèdent par la voix. Mais cette relation régressive, trop fusionnelle, est étouffante pour Natacha.

J'ai tenu à revivre, presque heure par heure, la dépendance, la souffrance de la solitude chez une adulte sidérée par un coup dur. A vingt-huit ans, Natacha, qui n'avait connu que Ferenc, va prendre des amants. Elle repassera par les mêmes affres que les adolescentes, mais luttera, pied à pied, au moyen d'une psychothérapie. Parallèlement elle reprend ses études aux Beaux-Arts, expose et réussit où Ferenc avait échoué par paresse, par timidité ou par peur de gagner.
 Comment se libérer des chaînes du couple ou de la famille quand on se sait appelée à une carrière artistique ?
Deviens ce que tu es ! Voilà le message enthousiaste que je souhaite transmettre à mes lecteurs.

La Chambre d’écho , qui met en scène une jeune plasticienne, correspond à l’ouverture de ma propre période picturale. En effet, pendant que j’écrivais ce roman, j’ai commencé une œuvre plastique à base de lavis d’encre de Chine. C’était pour moi une expérience complémentaire de l’écriture et d’autant plus nécessaire que le manuscrit s’est fait virtuel, simple fichier de quelques centaines d’octets… Le texte est ce qui pèse le moins lourd dans nos disques durs !


Le Figaro, 17 août 2001
Un homme disparaît
Régine Detambel aligne avec régularité ses livres, abordant avec talent tous les genres (romans, essais, livres pour la jeunesse, nouvelles…). Avant d’animer des ateliers d’écriture près de Montpellier, elle fut kinésithérapeute. Ce qui explique peut-être sa passion pour l’anatomie, pour la chair. Dans La Chambre d’écho, un corps dévasté par la douleur ravage deux existences : celle du malade et celle de sa compagne. Natacha et Ferenc se sont rencontrés aux Beaux-Arts. Depuis ce jour, ils ne se sont plus quittés. Mais Ferenc tombe très gravement malade. Se sachant condamné, il choisit de disparaître : "Ferenc était parti, exactement comme les hommes courageux vont à la guerre, mais il ne voulait pas de Natacha." Elle, en revanche, veut toujours de lui. Le départ de l’homme qu’elle aime et qu’elle désire encore malgré sa déchéance physique va conduire Natacha à se réfugier dans la création et à être indifférente à tout ce qui n’est pas son art…



Hugo Marsan, Le Monde, 31 août 2001
Les voix antérieures
Régine Detambel insère un surprenant récit dans ce qui était déjà un grand roman d’amour. La perfection de son travail d’écrivain – métaphores subtiles, images vives, phrases décapantes, décryptages cruels – explose dans ce dialogue tendu au-dessus de la mort. Le titre du roman trouve sa raison d’être. La voix devient chair…



Catherine Argand, Lire, septembre 2001
Mon corps ce héros
Comment un jeune mari condamné par la maladie décide de ne plus communiquer autrement que par téléphone avec son épouse. Il devient une voix. Ne veut plus lui donner autre chose de son corps…



Agnès Vaquin, La Quinzaine littéraire, 1er au 15 septembre 2001
En quête de liberté
La véritable saveur de ce livre passionné est liée au rôle primordial du corps dans ce processus. Les signaux qu’il envoie portent la marque de la violence et de la confusion, mais une certaine manière de les accueillir, si maladroite et tâtonnante soit-elle, permet à Natacha de ressusciter…



Xavier Houssin, Point de vue Image du monde, 5 septembre 2001
Tout un art d’exister
Régine Detambel guide sa Natacha pas à pas, au-dessus de l’abîme. Vers l’autre rive. Là où les sentiments s’éclairent. Où le passé compris sert de base, de socle au lent travail des jours neufs à construire. Tout un art d’exister. Nous, doucement, on s’éveille du livre. On relève la tête, on frissonne. Et on est éblouis…



Bernard Teulon-Nouailles, L’Art-Vue, octobre 2002
Régine Detambel s'expose
Un écrivain qui s'adonne à la Peinture et prend le risque de s'exposer au regard des spécialistes en art, ce n'est pas si courant malgré Michaux, Klossowski ou Novarina. C'est à ce risque que se confronte Régine Detambel, qui a essuyé cet été son baptême du feu au Jardin des Cultures d'Europe, en Avignon, en exposant d'abord à la librairie Molière, puis à l'Hôtel du Département du Gard, à l'instigation de la BDP de Nîmes, tandis que résonnent encore en nos mémoires les amours téléphoniques de La Chambre d'Echo, son dernier roman, et que des textes poétiques sortiront bientôt chez Champvallon… et qu'un roman est annoncé chez Gallimard pour le printemps.
On connaît Detambel l'écrivain, on la connaît moins manipulant ses encres et acryliques en petits formats, prolongeant son expérience de la feuille de papier du côté de la non-verbalité, de l'en deçà de la parole. En fait, si dans ses romans et poèmes Régine Detambel traite du corps de manière plastique et graphique, sa manière d'aborder la feuille de dessin se fait à fleur de peau, une peau qu'on tatoue, que l'on maquille, que l'on nettoie ou au contraire que l'on souille, macule et explore. L'artiste travaille par séries de formats intimes, à portée de mains dirons-nous. La série "Album" en particulier retient l'attention. Il s'agit d'encres plus ou moins diluées et qui prennent l'apparence de paysages montagneux, de ciels striés d'éclairs, de vagues déferlantes qui parviennent à imiter la facture d'une photographie sépia. Les "Abécédaires" déclinent des taches de couleurs diaprées qui visent à s'émanciper des lignes usuelles d'écriture. En ces temps où le manuscrit est relayé par le caractère virtuel du traitement de texte et de l'impression manuscrite, on saura gré à l'écrivain de renouer le contact avec le corps du papier. La série "Emulsions" ravira les amateurs de textes detambelliens et du rapport que celui-ci peut entretenir avec la réalisation graphique dont il devient l'illustration sur le même plan. Le texte joue en quelque sorte comme ces garde-fous qui interdisent de céder au vertige de ce que produit la matière, qui relève sans doute de la volonté de savoir, laquelle s'inverse en "voir ça" ! Expérience qui réserve des surprises. Il faudrait parler aussi des expérimentations tachistes intitulées "Essuie-Plumes", des "Insectes", "Chenilles", "Mésanges" (titre du prochain roman chez Gallimard), "Lierres" et autres "Graffitages", qui supposent des outils différents pour un résultat qui ne l'est pas moins.

Exploration, Crise, Transformation. Tels sont les trois maîtres mots qui semblent structurer La Chambre d'écho, roman en trois volets, comme dans les triptyques peints, du dernier Detambel. On y passe en effet de l'acceptation passionnelle de la Maladie de l'autre à l'expérience douloureuse et frustrante de son absence, avec pour seule consolation la voix du téléphone, avec qui faire l'amour, avant que l'ancienne étudiante des Beaux-Arts qui endosse le rôle de l'héroïne de ce livre, éprouvée, ne trouve sa voie dans la création artistique justement, soutenue par quelque partenaire intelligent. Tout l'art de Régine Detambel consiste à parler du corps, de la peau ou du sexe à la manière du peintre ou du pastelliste, du dessinateur au fusain qui, loin de chercher à masquer les défauts du grain de sa feuille, s'efforce au contraire de les exploiter, de les mettre en valeur, de leur donner la vie d'une peau sensible. Ses héroïnes vivent par les sens avec une sorte de mysticisme paroxystique qui explique sans doute l'impression d'incandescence qui émane de ces anatomie radicales auxquelles elle les soumet et qui font penser à une chirurgie poétique, à l'exaltation maintenue d'un opéra vivant pour parler comme Rimbaud. Sous la plume de Detambel, la peau se fait œuvre d'art qu'elle entend, à la manière de Giacometti, de désincarner jusqu'à sculpter le volume d'une voix.