Fictions

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La verrière
Régine Detambel
La verrière
Gallimard / « Folio » n° 3107

Date de parution : 1996
1ère éd. Gallimard / Collection « Blanche »
ISBN : 2070745627
Format : 14,0 x 20,5 cm
144 pages

12,20 €
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Présentation Presse Traduction

L'avis de l'éditeur
La verrière, changeante comme un ciel, qui sépare la maison familiale du garage où vit Mina, n'est pas une frontière close. Les chuchotements, les gestes furtifs, l'éblouissement de l'amour partagé et bientôt les regards haineux de la mère s'y renvoient.
L'adolescente se perd dans ce miroitement jusqu'au drame.
Il faudra bien que la verrière vole en éclats.
"Depuis que ma mère nous avait découvertes, enlacées, sous la verrière, depuis qu'un petit cri de rage, poussé par Mina, l'avait alertée comme un couinement, depuis qu'elle s'était précipitée pour se pencher, ses cheveux tristes pendant au-dessus de nous, Mina s'était détournée de moi. Comme pour isoler une vieille toiture basse, elle tapissa la verrière de journaux épais, qu'elle scotcha. Puis, dans les interstices, elle bourra son tablier de cuisinière. La verrière devint presque noire. Au vrai, Mina s'était éclipsée."



Gilles Pudlowski, Le Point, n°1249, 24 août 1996

Un amour éperdu
On a rarement avec si peu de moyens apparents et autant d’efficacité raconté la révolte adolescente et le conflit parents-enfants. Gageons que l’on reparlera de "la" Detambel au moment de la distribution des lauriers d’automne…



Patrick Grainville, Le Figaro littéraire, 12 septembre 1996

Bottes, cuirs, bijoux et caresses
De l’émail tranchant. Du Detambel retrouvé à l’état pur…



Bertrand Leclair, Les Inrockuptibles, 18 septembre 1996

A couteaux tirés
Ce qui fascine est insaisissable, c’est une sorte de noyau dur, irradiant, que l’on retrouve à chaque livre, un substrat impénétrable qui nourrit une écriture à nulle autre pareille…



Pierre Lepape, Le Monde, 4 octobre 1996

Traités de la destruction
La cruauté, la violence ne se trouvent pas dans les histoires que l’on raconte mais dans le langage que l’on emploie. Celui de Régine Detambel est d’une précision froide, coupante et, paradoxalement, sensuelle. Par là même elle renouvelle le thème de l’enfance mal-traitée, battue, trompée. Régine Detambel doit ressembler à cette écriture qu’elle habite : nette, rectiligne, fragile et cassante comme une arche de verre sous laquelle fileraient des torrents de tumultes et de violences…



Monique Verdussen, La Libre Belgique, 25 octobre 1996
Régine Detambel fragile et dure
Régine Detambel occupe aujourd’hui une place enviable et méritée parmi les romanciers français. Avec La Verrière se confirme l’univers très personnel d’une romancière désormais incontournable…



Jean-Claude Lebrun, L’Humanité, 22 novembre 1996

Le tranchant d’une prose
Ce sont en fait des histoires pleines de complexité, continûment travaillées par la contradiction, que nous propose Régine Detambel. Avec le tranchant de l’écriture, non pour ajouter de la douleur, mais pour fouiller les blessures intimes et en permettre l’intelligence…



Thierry Guichard, Le Matricule des anges, n°17, sept-oct. 1997
Bris de verre et d'enfance
On pourrait lire La Verrière comme le reflet, depuis l'autre côté du miroir, de La Modéliste. Car si le troisième livre de Detambel mettait en scène l'amour d'une femme mûre pour une adolescente, La Verrière relate celui, passionné, d'une adolescente pour Mina, une Marocaine. On pourrait aussi lire ce nouveau roman comme l'une des faces du kaléidoscopique La Lune dans le rectangle du patio et penser parfois au Jardin clos. De même, on reconnaîtra, dans le récit que la narratrice fait de ses courriers envoyés à Mina, des passages entiers de Graveurs d'enfance. La Verrière se nourrit donc des livres précédents et s'offre comme une étape nouvelle dans la progression de moins en moins retenue qui rapproche l'auteur de la part obscure génératrice de l'écriture.
Une enfant grandit dans l'incompréhension violente de ses parents. Et parce que, probablement, elle souffre trop de cette absence d'amour maternel qui l'étouffe, elle construit sa mythologie sentimentale autour de la figure de sa voisine, une Marocaine trop pauvre pour ne pas vivre sous la verrière mitoyenne. Mina offre d'emblée le rêve d'un amour exotique, avec ces odeurs, ces couleurs et ces histoires du désert qu'elle distille à l'adolescente meurtrie comme on souffle sur les plaies bénignes des enfants qui pleurent. Mais, ici, la plaie est profonde et l'enfant ne pleure pas ; elle se jette à corps perdu dans un amour qui effraie Mina, qui l'effraiera doublement. D'abord pour la part incestueuse qu'il recèle ; ensuite parce que ces bras qui s'ouvrent pour elle, rappellent trop cruellement à la Marocaine ceux de ses enfants laissés au pays. On ne donnerait pas cher d'une telle histoire sans la part de violence et de cruauté qui la justifie et la fonde. Cette violence apparaît dès le premier paragraphe du livre, comme un fait, une évidence. La mère de la narratrice, "avec toute la haine précise dont elle était capable", achète une couverture à jeter sur le toit translucide, générateur de lumière de sa voisine : "Elle la choisit solide, épaisse, foncée et urticante. Il n'y avait que ma mère pour inventer un supplice pareil et le baptiser l'étouffoir à Mina." À la méchanceté mesquine de la mère, l'adolescente va opposer toute la fougue poétique de son amour. Ainsi, par exemple, elle demandera qu'on lui offre un sweat-shirt jaune qu'elle salira souvent pour qu'ainsi, en étendant le linge sur la verrière, sa mère sans le savoir, offre un soleil à Mina.
À cette adoption sentimentale qui lie l'adolescente et l'étrangère, la mère répondra avec une cruauté clinique, lavant le corps de son enfant teint au henné avec la large"brosse du lave-pont, qui sentait la serpillère et le chien mouillé", brûlant les lettres de Mina mais conservant celles de sa fille pour que le silence, seul, réponde à son courrier.
Violent, La Verrière ne l'est pas sans une grande sensualité, une attention portée dans le détail des choses qui rend d'autant plus poignante la blessure de l'enfance. Régine Detambel excelle à aiguiser ses chapitres afin qu'ils soient comme des lames qui se briseront finalement sur le refus de Mina de prolonger la relation sentimentale. Rejeté du cercle familial, rejeté même du rêve, que reste-t-il à l'amour ? Le feu qui cautérise les blessures et l'écriture qui les soigne.

Le Matricule des anges a consacré un dossier à Régine Detambel (n°17, sept-oct. 1997)
 


Allemagne
Das Glasdach, Gollenstein Verlag, Blieskastel, 1999.
Aus dem Französischen von Gabrielle Seil und Georges Hausemer

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Grèce
Editions Patakis, Athènes, 1999.